Les Islandais ont à nouveau rejeté samedi 9 avril 2011, par referendum l’accord conclu par leur gouvernement avec le Royaume-Uni et les Pays-Bas sur le remboursement de la faillite de la banque Icesave en 2008. Selon des résultats presque définitifs, le non l’emporterait par près de 60% des suffrages. Voici quelques petites explications sur les opinions qui s’affrontent dans une situation très complexe :
Contexte : Par ce NON, les Islandais ne veulent pas payer pour éponger la dette de la banque en ligne Icesave. Les épargnants britanniques et hollandais ont été indemnisés par leur gouvernement après la faillite de cette banque privée, et selon cet accord, c’était au contribuable islandais de rembourser près de 4 milliards d’euros, soit environ 12 000 euros par habitant, à étaler jusqu’en 2046.


Les partisans du NON : Ils estiment que ce n’est pas à la population de payer les dettes de la faillite d’une banque privée. Ils estiment que ces « banquiers » avaient pris des positions risquées à titre privé, ils n’acceptent pas de se porter garants une fois la faillite de la banque Icesave pour les épargnants britaniques et hollandais. D’autres part, ils estiment que les clients avaient conscience d’acheter des produits à risques, mais bien rémunérés… ce serait donc le prix du risque ! Ils estiment aussi que même si l’Europe leur tourne le dos à cause de ce non remboursement, ils ont en interne de quoi « redresser la tête » grâce à la pêche, au tourisme et surtout à l’énergie (hydroélectrique et géothermique).

Les partisans du OUI ont souvent l’arrière pensée d’une entrée dans l’Union Européenne et dans la zone Euro qui pourrait leur apporter une stabilité économique (depuis la crise la couronne islandaise a perdu presque la moitié de sa valeur et beaucoup d’Islandais sont endettés dans la devise européenne !) et des perspectives d’échanges commerciaux avec l’Europe élargies. Il s’inquiètent du NON qui pourrait avoir comme conséquences d’énormes difficultés d’accès à des prêts financiers, une baisse significative de la note du pays par les agences de notation… en fait devenir le vilain mouton noir de l’Europe, maintenu en marge… Enfin, les plus vertueux estiment que lors de la nationalisation, les épargnant de la Landsbanki (maison mère Islandaise) ont été remboursés et qu’il est malhonnête de ne pas faire de même avec les épargnants étrangers…

Le débat juridique : Un certain flou existe aussi sur la nature d’Icesave, succursale ou filiale de Landsbanki ? La banque… et la dette sont donc soumises à quel droit ? L’Europe et l’Islande ont une interprétation différente de la directive européenne sur deux points: d’une part, l’Europe estime que la directive interdit toute distinction entre la nationalité des déposants (au sein de l’EEA du moins) dès lors qu’une couverture des comptes est instaurée, ce qui parait exact en première lecture de la directive. Reykjavik n’est pas de cet avis, et considère que les pertes anglaises et néerlandaises de ses banques doivent être couvertes par le système de couverture de ces pays.  C’est là que ce fait la distinction juridique entre une filiale et une succursale !

Et vous, qu’auriez vous fait si vous aviez été redevable de 12 000 euros chacun lors du scandale du Crédit Lyonnais dans les années 90 ?

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Dans son N°1066 du 7 au 13 avril, le journal Courrier International consacre une double page à l’Islande et sa démocratie et sa finance…

Deux fois NON, c’est une fois de trop ! » traitant de l’opportunité de convoquer à nouveau un référendum concernant l’accord sur les modalités de dédommagement de la Grande-Bretagne et des Pays-Bas pour les millions que les deux pays ont dû verser aux épargnants de la banque en ligne Icesave…
Pour mémoire, « au printemps dernier, plus de 90 % des Islandais ont dit non au premier accord négocié. D’abord, une majorité d’Islandais estimaient qu’un taux d’intérêt de 5,55 % était bien trop élevé. Ensuite, beaucoup considéraient – et considèrent encore – que le contribuable islandais n’avait pas à endosser la responsabilité des affaires douteuses réalisées à l’étranger par des directeurs de banques cupides.
Le problème est que le reste du monde – en particulier l’Union européenne et le FMI – ne l’entend pas de cette oreille. L’Islande doit s’adapter à la donne. Le gouvernement islandais l’a compris et a consacré toute son énergie, l’automne dernier, à la négociation d’un accord plus favorable à l’Islande, avec succès. »

 

Le contre-pied est dans l’article de Joana Azevedo Viana : « Quand tout un peuple refuse le diktat des financiers » qui considère que la crise a poussé les Islandais à faire tomber leur gouvernement et à rejeter le sauvetage des banques privées. Une “révolution citoyenne” passée trop inaperçue, estime un hebdomadaire portugais.

Retrouvez ces deux articles en kiosque dans votre hebdomadaire Courrier International

 

 

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